lundi 18 juillet 2011

L'euthanasie des "légumes"

Certains mots ne devraient jamais être utilisés pour parler d'êtres humains. Ils sont blessants, dégradants et tellement réducteurs. "Légume" en fait partie. En effet, quoi de commun entre un légume et un homme (ou une femme) quand bien même serait-il (elle) paralysé(e) ou dans le coma ?
Et pourtant, le mot revient sans cesse. Encore récemment, c'est Marie Humbert qui l'a employé1 :
Pour Michèle, c’est différent, elle savait qu’elle allait partir et voulait qu’il soit dans un endroit respectable. Or, il n’y a jamais de place pour eux. Que va-t-il faire à présent, le pauvre chou, car il faut dire ce qui est, c’est un légume.
Dans cette histoire sont mélangés deux débats : celui de la difficulté de trouver une place pour des personnes lourdement handicapées et celui de l'euthanasie2. Ce sont pourtant deux débats très différents et je trouve un peu paradoxal de les mener de front car si c'est par manque de place (ou pour une mauvaise prise en charge) que des parents viennent à demander l'euthanasie pour leur enfant alors nous donnons une mauvaise réponse à une vraie question.

lundi 11 juillet 2011

Au nom de la mère...

Il n'y a pas si longtemps, au sein d'une famille, tous les membres partageaient un même nom, que l'on appelait fort à propos "nom de famille". Aujourd'hui, ce n'est plus si simple. Les familles recomposées, les couples qui ne se marient pas, les raisons ne manquent pas à la déperdition d'un même nom porté par tous les membres de la famille.
Cela ne semblait pas suffisant, si bien qu'en 2005, au nom d'une notion d'égalité bien mal comprise, il a été permis aux parents de donner à leur enfant soit le nom du père, soit le nom de la mère, soit les deux noms accolés dans un sens ou dans l'autre. Mais le législateur n'est pas allé jusqu'au bout de la logique car le mari ne peut pas prendre le nom de sa femme. Ainsi, si les parents choisissent de donner le nom de la mère (pour protéger une nom de famille rare par exemple), alors tous les membres de la famille porteront ce nom... sauf le père. Ainsi, au nom de l'égalité, le père se retrouve discriminé. En effet, si celui-ci souhaite porter le même nom que ses enfants, ce ne peut être que son nom. La mère, quant à elle, peut partager avec ses enfants aussi bien son nom d'usage que son nom de jeune fille.

Je me souviens, avant la naissance de notre aînée, que l'infirmière avait expliqué à mon épouse qu'elle pouvait choisir de lui donner son nom. Elle ne s'était adressé qu'à mon épouse, malgré ma présence. Il faut dire que l'on ne s'était guère soucié de moi, que souvent je me demandais si le personnel se rendait compte que j'étais là. Mais ce jour là, c'était encore plus flagrant. Que l'on considère que je ne sois pas un interlocuteur privilégié pour parler de prise de poids, soit, mais sur le choix du nom de famille... Il semblait qu'impliquer un tant soit peu le père dans cette décision relevait d'une logique d'un autre âge. Alors, logique égalitaire ?

mardi 28 juin 2011

Le mariage civil : un barrage de sable contre la marée

Sur son blog1, Henry le Barde a apporté une contribution originale au débat sur le mariage homosexuel, en se demandant quelles raisons nous pousseraient encore à défendre le mariage civil vu le peu de sens qu'il lui reste :
"La question qui se pose, désormais, est celle, tout simplement, du mariage civil. Dans la bouche des promoteurs du mariage homosexuel, reviennent en boucle les notions de protection, de sûreté, de droits conférés par le mariage. Si c’est effectivement tout ce que représente le mariage validé par l’Etat postmoderne, alors accordons ce droit à tout le monde et qu’on passe à autre chose."
La question mérite d'être posée. Il faut bien le reconnaître, le mariage est durement affaibli.
Le divorce est désormais entré dans les moeurs. Avant 5 ans de mariage, 3,6% des mariés de 1970 avaient rompu. Ce chiffre est monté à 9,9% pour les mariés de 2004. Avant 10 ans de mariage, c'est 9,7% des mariés de 1970 qui avaient rompu contre 19,7% des mariés de 1999. C'est un coup dur pour la stabilité du couple et de la famille2 !
Non seulement nous divorçons davantage, mais en plus, nous nous marions moins3. Le PACS (pacte civil de solidarité), qui peut se rompre facilement et de façon unilatérale, continue son ascension, montrant une vraie attente des Français pour ce type de contrat4.

lundi 13 juin 2011

Un progrès archaïque ?

Le débat concernant la recherche sur l'embryon (humain) n’est pas à la hauteur des enjeux. Les questions de fond sont trop souvent délaissées au profit d’un médiocre procès en archaïsme intenté par les promoteurs de ces recherches, réduisant un grand débat de société en un combat du progrès contre l'archaïsme, voire de la science contre l'obscurantisme.
Se placer du côté du progrès est évidemment habile. Qui est contre le progrès ? Qui veut régresser ? Qui ne souhaiterait pas, en l'occurrence, des avancées spectaculaires dans le domaine des thérapies cellulaires ?
Mais c'est d'autant plus habile que leurs adversaires deviennent des réactionnaires, des obscurantistes, des défenseurs d'idées moyenâgeuses, ce qui est tout de même nettement moins tentant.
Ces arguments factices sont pervers car ils piègent le débat. Ils poussent chacun vers des positions transgressives pour ne pas être ringardisés, à la recherche d’un hypothétique compromis ou d’une position intermédiaire qui, elle, serait juste1.

samedi 4 juin 2011

Sexualité : la télévision et l'école veillent sur nos enfants

J'avoue être très gêné par la vision de la sexualité donnée aux jeunes par la télévision1, que ce soit par les films, les séries ou les diverses émissions où on aime parler crûment de sexe comme si on brisait un tabou alors que tout est d'un conformisme affligeant.
Je suis particulièrement frappé par l'archétype du séducteur, que l'on trouve dans de nombreuses séries populaires, comme Friends ou How I met your mother. Ce personnage multiplie les "conquêtes" et est admiré pour cela. Il est jeune, branché, sympa, un curieux modèle pourtant pour nos jeunes générations. 
Certes, ces séries ont principalement pour objectif de faire rire et ces personnages ne manquent pas d'être souvent ridiculisés. Mais le modèle est là, le modèle de la réussite auprès des femmes. Une "réussite" qui me laisse perplexe car une fois que le mythe tombe et que l'on se retrouve dans la réalité, est-ce si anodin ? N'y a t-il donc aucune souffrance pour la (le) partenaire réduit à un trophée sur un tableau de chasse ?
Plus généralement, c'est le caractère automatique, immédiat de la sexualité qui me surprend, comme si cela paraissait plus évident de donner son corps que de livrer ses sentiments. Que le "je t'aime" est long à venir, contrairement au sexe ! 
L'image qui est ainsi véhiculée, c'est celle d'une sexualité banale, facile et sans conséquence. Mais elle me semble surtout dépourvue de sens et bien peu épanouissante. Passé l'instant de plaisir, finalement, que reste-t-il puisque rien n'a été construit ? Les sentiments viendront en leur temps, la relation aussi, semble-t-on nous affirmer. Le contraire ne serait-il pas tout de même plus logique ?

mercredi 18 mai 2011

Une vie pour une vie

Arrêtons-nous un instant et imaginons ! Imaginons que les cellules pluripotentes induites n'aboutissent à aucune thérapie, que les obstacles auxquels sont confrontés les chercheurs soient infranchissables. Imaginons que les cellules souches de sang de cordon n'aient rien donné, que nous n'ayons jamais réussi la moindre thérapie à partir de ces cellules. Imaginons aussi qu'aucune autre voie de recherche ne permette d'avancer sur les maladies dégénératives. Imaginons enfin que les obstacles auxquels sont confrontés les chercheurs sur les cellules souches embryonnaires soient en passe d'être surmontés. Imaginons ainsi que la recherche sur l'embryon est la seule voie (ou, si je demande trop, la voie principale) nous permettant d'aboutir à des traitements pour les maladies comme Alzheimer ou Parkinson. 

mercredi 4 mai 2011

Suppression du quotient familial. De quelle justice parle-t-on ?

Le prélèvement à la source - directement sur le salaire pour les employés - de l'impôt sur le revenu est un sujet récurrent dans le débat médiatique et politique. On le trouve notamment au programme du Parti Socialiste, dans les 30 propositions servant de base à leur projet présidentiel :
Pour davantage de justice dans les impôts, nous fusionnerons l’impôt sur le revenu et la CSG dans un impôt citoyen plus  progressif et prélevé à la source.
Cette idée, qui semble de bon sens et ne pas avoir de véritables conséquences, pose pourtant un certain nombre de difficultés. C'est dans doute pour cela qu'il n'a pas encore été mis en place. L'une d'entre elle concerne le quotient familial.
En effet, dans le système fiscal actuel, une place importante est donnée à la constitution du foyer (situation maritale et nombre d'enfants notamment), qui joue sur le nombre de parts (ce fameux quotient familial) utilisé pour le calcul de l'impôt et donc sur le montant à payer. 
Il ne paraît pas impossible de mettre en place un organisme de prélèvement à la source de l'impôt qui tiendrait compte de la situation familiale, mais cela n'a rien d'évident, ne serait-ce que pour savoir quand et comment serait déclarée cette situation familiale.