dimanche 18 septembre 2011

Mais que veut l'orateur suffisant ?

Une élection est toujours une période éprouvante avec son déballage permanent d'opinions venant de politiciens, journalistes, auditeurs, téléspectateurs, blogueurs, twittos sur tout et - malheureusement - souvent sur rien.
Je suis particulièrement frappé par la capacité des prétendants au pouvoir à s'exprimer sur n'importe quel sujet (le dernier résultat sportif, la mort d'un artiste, le dernier CD de Renaud, la dernière encyclique du pape, la cuisine moléculaire, le moyen âge ou les fêtes foraines). J'aimerais parfois entendre dire « Je n'ai pas d'avis sur la question », « Je ne sais pas », mais il semble que trop souvent on s’attende vraiment à ce que le politicien s'exprime, comme si l'avis d'un candidat à une élection sur la sélection de l'équipe de France avait un quelconque intérêt. Plus généralement, il me semble que nombreuses sont les prises de paroles vaines (peut être les miennes aussi d'ailleurs) parce qu'elles répètent des évidences, se complaisent dans des slogans simplistes, ne cherchent qu'à flatter leur public, etc.

Je me demande souvent ce qui pousse un homme (une femme) à prendre la parole, à croire qu'il (elle) peut contribuer à un débat, à penser qu'il (elle) a quelque chose à apporter ? L'orgueil ? La soif de reconnaissance ? La quête de la gloire (ou du pouvoir pour les politiciens) ?

Quand on s'interroge ainsi, il faut avant tout se poser la question à soi-même et, en ce qui me concerne, je ne sais pas bien quoi répondre. Ma décision de prendre la parole sur les questions de société (puisque c'est principalement ces sujets que je traite, sous différentes formes) m'a paru évidente en m'apercevant qu'il était vain de râler devant la télévision/la radio/Internet contre ceux qui ont le toupet de ne pas penser comme moi (et qui donc, comme chacun le comprend aisément, ne pouvaient qu'avoir tort). Mais il n'est pas simple de prendre la parole, parce que les travers observés chez les autres sont aussi les miens, les nôtres : aveuglements, prises de position consensuelles, argumentation bancale, sources introuvables (et donc inutilisables), etc.
Et le pire, c'est qu'en exprimant sa pensée, on s'expose alors nous aussi à la critique. Il est bien plus confortable de ne pas s'exposer. Quand j'apostrophe avec beaucoup d'audace (et de courage, cela va de soi) un député depuis mon canapé, qui me le reprochera ? Mais si je le fais sur Twitter ou sur ce blog, alors je m'expose moi aussi aux critiques.
Et si finalement l’acte d'orgueil était celui de refuser de s'exposer pour se protéger ?

Les intentions de ceux qui prennent la parole peuvent nous sembler obscures – voire même malsaines -, mais je crois que chercher à déchiffrer les pensées sous-jacentes est une activité profondément inutile. Alors, et si lors de cette campagne qui commence, nous nous interdisions les procès d’intentions, les attaques gratuites, en ayant la conviction que ceux qui s’expriment (quels que soit leurs travers) ont eux aussi à cœur de défendre les idées qu'ils croient justes et bonnes pour notre pays ? Ceci nous permettra peut être enfin de rentrer dans un véritable débat (qui me paraît si difficile en France) sur la délicate question : quelle société voulons-nous construire ?

2 commentaires:

  1. Bien vu !

    "Je me demande souvent ce qui pousse un homme (une femme) à prendre la parole, à croire qu'il (elle) peut contribuer à un débat, à penser qu'il (elle) a quelque chose à apporter ? L'orgueil ? La soif de reconnaissance ? La quête de la gloire (ou du pouvoir pour les politiciens) ?"

    Plus tristement, je penche pour cette sale habitude édictée par des "pros de la com" qui impose au candidat d'être "proche du peuple". Il faut être humain, montrer qu'on a les mêmes préoccupations, etc. Plus qu'un travers consubstantiel de la démocratie, c'est une perversion... La bonne nouvelle, c'est que c'est pas définition non inéluctable !

    "Quand on s'interroge ainsi, il faut avant tout se poser la question à soi-même "

    Me concernant, j'en suis surtout venu à me dire qu'écrire et discuter m'aide à me faire une opinion sur le sujet. Même si celle-ci finit par s'éloigner de la position du billet de départ. Publier un billet et le défendre mordicus, c'est marrant 5 minutes, mais stérile (et aussi orgueilleux que de ne pas le faire). Accepter par avance les volées de bois vert justifiées, c'est là tout le sel de la démarche, me semble-t-il.
    C'est l'avantage, également, de ne pas tenir un blog militant ;)

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  2. Lucie Marie Duvillaret4 octobre 2011 à 19:30

    Dans l’Antiquité grecque, pour être reconnu dans la société, il fallait briller en politique. Aujourd’hui par l’individualisme ambiant, le domaine privé prend en caractère décisif au détriment de la politique que l’on regarde de loin et que l’on méprise. Alors qu’elle société était préférable ? La méthodologie littéraire nous contraindrais à nous interroger sur les avantages et les limites de chacune pour terminer sur l’hypothèse d’une corrélation et d’une mixité entre les cultures. Ceci est bien sur une image.
    Prendre la parole pour défendre des idées est courageux. Nous avons souvent peur du regard des autres, du jugement et du « qu’en dira t-on ». Mais aussi à cause de la peur de la sanction (tribunaux), qu'un mot puisse couper les ailes du jeune papillon. Je pense que parler aux noms des autres demande une bonne confiance en soi mais aussi des charismes d’orateur, de persuasion, de force de débat et d’arguments et de cohérence. Qui n’aurait pas de valeurs à défendre ? Qui n’aurait pas son mot à dire sur sa situation, ses conditions de vie ou sur la dénonciation d’un système ? D’une part, tous n’ont pas les talents pour permettre l’évolution de ses idées par sa propre voix. D’autre part, facile est de critiquer mais plus difficile de construire. La société actuelle vise à lutter contre et néglige de lutter pour. Nous relevons le négatif et essayons de l’éradiquer.
    D’autres diraient « parler c’est bien, agir c’est mieux ». Cependant, agir sans parler et ainsi sans exprimer et réfléchir sur les dispositifs à mettre en place est dangereux. Alors que faire ? Chacun à son niveau et ses compétences peut apporter à la société. Nous n’avons pas besoin de 2 millions de français candidats à la présidentielle pour défendre une idéologie. Quelques uns doivent se présenter pour représenter les diverses opinions. Cela ne veut pas dire que les autres doivent rester « chez eux », libre de critique et de mépris devant leur téléviseur. Mais chacun est acteur par ses actes et son comportement. Et cela peut bien se concrétiser en fondant une association « sauvons le monde » bien sur. Là aussi, peu d’élu. Mais aussi, au cœur même de nos proches, amis, familles, ceux que l’on dit aimer ...ou que l’on fait semblant d’aimer…

    Alors qui à le plus d’orgueil ? N’avons nous pas tous une part inévitable d’orgueil plus ou moins prononcée ? Que choisir : politique ? vie privée ? …les deux ? Il faudrait peut être se rappeler pourquoi nous avons besoin d’une politique avant d’en définir les principes. Quels sont nos besoins et le sens. Parler est un beau principe...

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