dimanche 7 août 2011

Le Bac avec mention 200 euros

A Nice, la mention Très Bien au Bac vaut 200 euros. C’est une somme importante pour un(e) lycéen(ne) et somme toute assez négligeable pour les finances d’une ville1. Nous sommes donc sur une mesure symbolique. Rien de bien méchant ! Le député-maire UMP Christian Estrosi justifie sa mesure, faisant le lien avec l’action de la majorité :
« la récompense du mérite est la culture de notre majorité. »
Alors oui, pourquoi ne pas récompenser le mérite ? Peut être parce que le mérite ce n’est pas cela. Sans doute parce que Christian Estrosi confond mérite et élitisme, effort et performance.

Il y a déjà quelque chose de pervers à récompenser financièrement ceux qui réussissent haut la main une épreuve nationale. Ne sont-ils pas déjà récompensés par leur mention, leur succès à l’épreuve, leur réussite académique ? Ne seront-ils pas aussi largement récompensés par leur acceptation au sein d’une filière prestigieuse (ce qui leur assurera vraisemblablement une récompense économique, à terme, largement supérieur à ces 200 euros) ?
Mais il y a aussi quelque chose de complètement faussé à faire croire à ces lycéens que leur récompense est liée à leur mérite. Mérite de quoi ? Un élève qui réussit péniblement, par ses efforts à arracher un BAC, qui était loin d’être certain en début d’année, est-il moins méritant que celui qui réussit largement simplement parce qu’il a des facilités intellectuelles (ou largement soutenu par des cours particuliers très onéreux) ?

Le BAC sanctionne un niveau et il est normal de s'assurer du niveau d’un élève, quel que soit son parcours. Mais cela n'a rien à voir avec le mérite. Les meilleurs élèves de notre pays seront suffisamment considérés, honorés. Ils n’ont pas besoin de ces 200 euros.
Si par contre, nous cherchions plutôt à récompenser (pas forcément financièrement d’ailleurs) les élèves vraiment méritants, qui ont su dépasser les a priori et les pronostics défaitistes (peut être que certains des élèves ayant eu la mention Très Bien en feraient partie), nous pourrions les aider à prendre confiance en eux, leur montrer que nous reconnaissons leurs efforts, les donner en exemple à d’autres qui connaissent des difficultés équivalentes. Mais pour reconnaître leur mérite, il ne suffit pas de regarder le niveau obtenu à un examen. Il faudrait les côtoyer, jour après jour, faire confiance à ceux qui les connaissent vraiment (enseignants, parents), mais ainsi, nous arrêterions de laisser croire que la barrière entre méritants et non méritants est une mention Très Bien au BAC.


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1. L’article du nouvel observateur signale que 175 élèves seront concernés par cette mesure, ce qui représente un coût pour la ville de 35 000 euros pour un budget de près de 700 millions d'euros.

2 commentaires:

  1. Très bon article Guillaume.
    Première remarque: je suis fort choquée par la phrase de Mr Estrosi: « la récompense du mérite est la culture de notre majorité. » Devrais-je en déduire que la culture de notre pays serait signée UMP? Surement pas! La vrai culture va au delà de la politique. Elle peut en traiter comme elle traite de beaucoup d'autres sujets, mais surement pas qu'elle soit générée par la politique. L'inverse à la limite serait plus exact.
    Je suis également d'accord que cette récompense a quelque chose de mauvais gout. C'est sanctionner a priori (pardon, tenter de sanctionner!) toute personne qui n'obtient pas le vote Très Bien. A priori car seule sa réussite future dans la vie pourra lui permettre de se auto-juger, et selon ses critères personnels je tiens à préciser!
    Une petite anecdote : Salvador Dali fut jeté dehors de l'Accadémie des Beaux Arts de Madrid et ainsi n'eu jemais le dimplome. MAIS IL DEVINT UN DES PLUS GRANDS, SINON LE PLUS GRAND PEINTRE DE SON EPOQUE!!!!!!!!!!!!!!!!
    Et là nous allons outre les facilités intellectuelles!
    De fait je me suis amusée à faire une recherche sur Internet sur toutes les régions de France et j'ai pu noté que, selon la région, les "récompenses" varient... en montants, en bénéficiaires et en donateurs...
    Intéressant... préoccupant...

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  2. Je n'y avais pas pensé, mais en vous lisant, je me fais la réflexion que cette mesure contribue aussi à une survalorisation de la réussite académique. Bien entendu, la réussite à l'école est importante, mais elle ne fait pas tout. Survaloriser ainsi la réussite scolaire n'est pas très sain, ne serait-ce que pour ceux qui, pour de multiples raisons, ne sont pas à l'aise dans ce domaine, qui pourtant n'empêche pas de réussir... et heureusement. Les exemples à ce sujet ne manquent d'ailleurs pas, comme celui que vous mentionnez.

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