lundi 22 août 2011

La famille, un enjeu pour 2012 (I)

Deux rapports sont sortis récemment sur la famille : l'un rédigé par Terra Nova et l'autre par un groupe de travail de députés UMP. Ces deux rapports semblent provenir de deux mondes diamétralement opposés. Loin d’une recherche d’un consensus inexistant, ils montrent la volonté de recréer un véritable débat sur ce sujet, de réamorcer une réflexion en profondeur sur le rôle de la famille et de l’intervention de l’état dans ce domaine. Ce travail est salutaire. Alors que les positions sur les questions de société semblaient se rapprocher entre la gauche et la droite (la droite acceptant de plus en plus des positions libertaires à ce sujet), ces rapports prouvent qu’il n’en est rien, qu’il existe des alternatives à nos choix politiques et qu’aucune loi n’est inéluctable.

Je vous propose – exceptionnellement - un article en deux parties à ce sujet. Le premier sur le rapport de l’UMP, aujourd’hui, le deuxième sur le rapport de Terra Nova, dans quinze jours.

Rapport de l’UMP : un plaidoyer pour la famille durable

Si le rapport de l’UMP est étonnant, c’est avant tout parce qu’il propose une approche décomplexée du soutien à la famille.
Le concept même de famille durable est déjà un évènement particulièrement significatif. Certes, chez certains députés comme Hervé Mariton, la défense de la famille (durable) n’est pas un fait nouveau, mais j’ai l’impression que ce rapport montre qu’une prise de conscience en train d’émerger dans la majorité sur l’importance de soutenir la famille.
La droite, qui a pourtant participé aux simplifications successives du divorce (pour ne citer que cet exemple), encourageant ainsi un phénomène qui n’en avait pas besoin, revient finalement à des positions plus sages, certain que la déconstruction de la famille est lourde de conséquences pour notre société.

Le rapport reprend certains débats à la base, notamment autour de la question de la « famille traditionnelle » :
« L’INSEE nous apprend […] que 75,4% des enfants mineurs vivent avec leurs deux parents, ce qui tend bien à démontrer que le modèle construit autour d’un père et d’une mère n’est peut-être pas aussi dépassé que voudraient le faire croire certaines analyses. Il n’en reste pas moins qu’il est largement fragilisé par ces tentatives de dilution répétées. » 1
Et cette famille durable, les députés UMP semblent prêts à la défendre par des positions courageuses :
« Maintenir une différence subjective et créancière de droits entre le PACS ou le concubinage et le mariage. Un contrat civil comme le PACS qui s’inscrit dans l’instant ne peut porter les mêmes droits que l’institution du mariage qui s’inscrit dans l’avenir.
Maintenir le mariage comme lien de deux personnes de sexe différent. » 2
« Avoir deux parents de sexe différent étant un bien élémentaire de l’enfant, prioriser l’adoption par les couples ou par les célibataires du cercle familial. La monoparentalité peut être une circonstance de la vie, elle ne doit pas fonder le projet. » 2
Le rapport propose aussi des réflexions qui seront sans doute plus consensuelles, notamment autour de la difficile conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Et là, les députés surprennent parce qu’ils abordent aussi la question du point de vue du père et non pas seulement dans une logique purement égalitariste (j’y reviendrai dans mon deuxième article).
Quelques idées :
« La prise d’une RTT ou d’un jour de congé d’un futur père pour accompagner sa compagne aux examens médicaux obligatoires prévus par l’article L.2122-1 du code de la santé publique dans le cadre de la surveillance médicale de la grossesse, ne peut être refusée. » 3
« Un compte épargne temps familial pourrait être créé.
Il s’appliquerait tout au long de la vie, serait ouvert à tous les salariés, sur la base d’un cofinancement employeurs/salariés. Ce compte couvrirait des absences liées à des impératifs familiaux (crise grave d’un adolescent ou maladie d’un enfant par exemple).» 3
« Instaurer un droit spécifique à la formation pendant le congé parental.
Le dispositif actuel éloigne chaque année 800 000 femmes de l’emploi. Il semble donc souhaitable d’instaurer un droit spécifique à la formation pendant le congé parental, afin de faciliter le retour à l’emploi. Cette mesure permettra de lutter contre la précarisation de l’emploi féminin. »
 3
Le rapport aborde aussi avec nuances des questions très délicates, notamment sur les conséquences liées à la fragilité de la famille :
« Un divorce, une séparation, une révision de jugement ou encore un placement en famille d’accueil entrainent des dépenses supplémentaires pour les ministères de la Justice et des Affaires sociales. Ces dépenses ne représentent pas moins d’un tiers du budget de la Justice d’après ce même rapport.
Une réflexion doit être menée car la question extrêmement délicate que ne peut manquer de se poser le législateur est de savoir dans quelle mesure et jusqu’à quel point, lorsque l’on aborde ces difficultés sociales seulement du point de vue pragmatique, on ne risque pas, au lieu de les corriger, d’instaurer ou d’aggraver des inégalités. » 4
J’avoue par contre avoir été désagréablement surpris par l’exemple choisi :
« Par exemple, l’aide apportée à la monoparentalité, ne risque-t-elle pas d’aggraver la fréquence de la monoparentalité en déresponsabilisant les acteurs ? » 4
Je trouve positif de ne pas se poser la question uniquement en termes de justice sociale et de se demander comment éviter de provoquer des situations de précarité matérielle. Mais face à la grande précarité, la première urgence est d’aider, de soutenir. Il s’agit d’une urgence d’humanité. Vient ensuite (et en complément) d’autres mesures pour éviter de généraliser ces situations, mais ces mesures ne peuvent être que complémentaires.

Avant de conclure, mon coup de cœur : la reconnaissance par les députés d’une évidence, qu’il est pourtant bien difficile à accepter par notre société moderne : que s’occuper à plein de temps de son (ses) enfant(s) est un travail à plein temps, qui mérite d’être reconnu comme l’est celui d’une assistante maternelle :
« Octroyer le crédit d’impôt pour le parent élevant un enfant dans les mêmes conditions que s’il faisait garder son enfant par une assistante maternelle. » 5
J’avoue avoir eu, à la lecture de ce rapport, un sentiment de satisfaction. Enfin, pensais-je, nous sortons d’une surenchère dans la déconstruction de la famille. Et pourtant, en lisant le rapport de Terra Nova (l'article à ce sujet arrive très prochainement), j’ai eu des regrets, notamment celui de voir que le rapport de Terra Nova est mieux travaillé, plus approfondi, mieux documenté. Celui de l’UMP montre, à mon sens, une vraie étape dans la réflexion, mais cette étape n’est pas suffisante. Un véritable travail intellectuel d’analyse est nécessaire pour bien montrer qu’il ne s’agit pas d’une voie idéologique, mais d’une vision cohérente de la société, dont le socle de base, la famille, doit être soutenue.


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1. Rapport parlementaire sur la famille, Anne Grommerch et Hervé Mariton, p7
2. Ibid., p25
3. Ibid., p19
4. Ibid., p22
5. Ibid., p17

2 commentaires:

  1. Sur la rigueur des analyses, c'est toujours une grande difficulté, lorsque l'on s'est fondé sur l'évidence pendant de longues années et que les adversaires mettent tout en cause avec des analyses très fouillées et documentées (c'est nécessaire pour tout casser...).
    Une autre difficulté est de confondre politique familiale et politique sociale. En réalité, ce n'est même plus une difficulté, la différence à disparu : la politique sociale a absorbé la politique familiale.

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  2. C'est vrai qu'il n'est pas évident d'argumenter sur ce qui semblait il y a peu encore évident pour tous. C'est vrai aussi que Terra Nova par exemple a axé son rapport sur les questions économiques, le coût de la politique familiale, la fiscalité (j'y reviendrai dans le prochain article), ce qui est tout de même beaucoup plus simple à documenter. Néanmoins, je pense qu'il faut faire ce travail intellectuel, en s'appuyant sur les travaux de pédiatres, psychanalystes, conseillers conjugaux, sur tous les professionnels qui voient (et/ou étudient) les conséquences de la déconstruction de la famille. Ce travail n'est malheureusement toujours pas réalisé, alors que pourtant les intellectuels, les experts ne manquent pas.

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