samedi 4 juin 2011

Sexualité : la télévision et l'école veillent sur nos enfants

J'avoue être très gêné par la vision de la sexualité donnée aux jeunes par la télévision1, que ce soit par les films, les séries ou les diverses émissions où on aime parler crûment de sexe comme si on brisait un tabou alors que tout est d'un conformisme affligeant.
Je suis particulièrement frappé par l'archétype du séducteur, que l'on trouve dans de nombreuses séries populaires, comme Friends ou How I met your mother. Ce personnage multiplie les "conquêtes" et est admiré pour cela. Il est jeune, branché, sympa, un curieux modèle pourtant pour nos jeunes générations. 
Certes, ces séries ont principalement pour objectif de faire rire et ces personnages ne manquent pas d'être souvent ridiculisés. Mais le modèle est là, le modèle de la réussite auprès des femmes. Une "réussite" qui me laisse perplexe car une fois que le mythe tombe et que l'on se retrouve dans la réalité, est-ce si anodin ? N'y a t-il donc aucune souffrance pour la (le) partenaire réduit à un trophée sur un tableau de chasse ?
Plus généralement, c'est le caractère automatique, immédiat de la sexualité qui me surprend, comme si cela paraissait plus évident de donner son corps que de livrer ses sentiments. Que le "je t'aime" est long à venir, contrairement au sexe ! 
L'image qui est ainsi véhiculée, c'est celle d'une sexualité banale, facile et sans conséquence. Mais elle me semble surtout dépourvue de sens et bien peu épanouissante. Passé l'instant de plaisir, finalement, que reste-t-il puisque rien n'a été construit ? Les sentiments viendront en leur temps, la relation aussi, semble-t-on nous affirmer. Le contraire ne serait-il pas tout de même plus logique ?

On se rassurera facilement en se disant que ce n'est que la télévision, que les gens savent faire la part des choses, mais en est-on si sûr ? Est-ce si simple ?
Le dernier numéro de Cerveau & Psycho2 propose un très bon article sur la télévision, dans lequel la question de la sexualité est abordée :
"Concernant le sexualité, les scientifiques ont montré que l'exposition aux séries sexuellement connotées augmente le risque de grossesse précoce chez les adolescentes : il est multiplié par trois par rapport aux adolescentes qui regardent peu ce type d'émissions. Plus un adolescent est exposé à de tels contenus, plus il pense que tout le monde - dont ses copains - a des relations sexuelles sans risque et qu'il est nul s'il ne se comporte pas de la même façon. Cela se traduit par des relations plus précoces, plus nombreuses et moins protégées."

La télévision n'a pas pour but d'éduquer, il faut bien le reconnaître, mais alors l'école ? L'éducation nationale propose effectivement "une éducation à la sexualité". Sur le site du ministère en question, on trouve cette explication : 
"Elle [L'éducation à la sexualité] vise l'appropriation de connaissances, une meilleure perception des risques (grossesses précoces, infections sexuellement transmissibles dont le sida) et le développement d'attitudes telles que l'estime de soi, le respect des autres, la solidarité, l'autonomie, la responsabilité.
Cette éducation à la sexualité ne se substitue pas à la responsabilité des parents et des familles3. Elle tend à favoriser, chez les adolescents, une prise de conscience, une compréhension des données essentielles de leur développement sexuel et affectif, l'acquisition d'un esprit critique, le sens et le respect de la loi afin de leur permettre d'opérer des choix libres et responsables."
Hormis quelques intentions louables, mais bien éloignées de la réalité, comme "l'éducation à la sexualité ne se substitue pas à la responsabilité des parents et des familles" et l'annonce de quelques notions suffisamment floues pour que chacun puisse comprendre ce qu'il veut, deux points sont cependant très clairs : l'éducation à la sexualité doit permettre d'obtenir des connaissances sur la contraception et la prévention des maladies sexuellement transmissibles. Ces deux points ont d'ailleurs chacun droit à un paragraphe plus bas (un sur la contraception d'urgence et un sur la prévention du sida). Si vous cherchez un paragraphe sur les relations sexuelles précoces, sur le respect dû à son (sa) partenaire, sur la responsabilité de l'homme en cas de grossesse imprévue (qui surviendrait malgré les "précautions"), vous risquez d'être déçus !
Cela ne semble d'ailleurs guère prêt de changer. Je n'ai pas entendu beaucoup de personnalités politiques, au vu de l'explosion de l'IVG chez les mineures4, défendre l'idée qu'il serait peut être temps de parler aux jeunes d'affectivité, de sens, de leur dire que leur intimité est trop précieuse pour être donnée à n'importe qui. Des choses simples. Rien d'excessif. Mais non, aujourd'hui, l'urgence, c'est le pass contraception5, c'est encore et toujours de faciliter la contraception (sans d’ailleurs se soucier de son échec6), point sur lequel la droite et la gauche sont pour une fois étonnamment d'accord.

Si donc, chers parents, vous souhaitez que vos enfants abordent la question du sens de la sexualité, faites le vous-même ! Ce n'est ni l'école ni la télévision qui s'en chargera. Au contraire, elles ne vous faciliteront pas la tâche.

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1. Je ne dis pas qu'il n'y a pas ici ou là une très bonne émission, une très bonne série ou un très bon film, qui aborde le sujet avec intelligence, mais cela ne semble pas la norme.
2. DESMURGET, Michel, "Faut-il en finir avec la télévision ?"
Cerveau & Psycho. n°45, mai-juin 2011, p12-13
3. Cette partie est en gras sur le site. Même en gras, je ne suis pas plus convaincu.
4. "[...] le nombre d’IVG continue de progresser chez les mineures : en 2006, il concerne 13 230 jeunes filles de 15-17 ans, contre 10.722 en 2002 et 848 jeunes filles de moins de 15 ans."
Source : Rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS), "Evaluation des politiques de prévention des grossesses non désirées et de prise en charge des interruptions volontaires de grossesse suite à la loi du 4 juillet 2001", p59
Rendu public en février 2010
5. Déjà abondamment commenté comme sur cet article, je n'insiste pas
6. "Huit ans après l’adoption de la loi de 2001 le contexte français demeure paradoxal : la diffusion massive de la contraception n’a pas fait diminuer le nombre des IVG [...]"
Source : Rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS), "Evaluation des politiques de prévention des grossesses non désirées et de prise en charge des interruptions volontaires de grossesse suite à la loi du 4 juillet 2001", p3
Rendu public en février 2010

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