mercredi 6 avril 2011

Familles écologistes et écologie familiale

Le 28 mars dernier, le cabinet Green Inside a publié les résultats(1) du  premier Observatoire du bilan carbone des ménages en recueillant des données sur le transport, le logement et l'alimentation. Ces résultats sont issus d’une enquête IPSOS / Logica Business Consulting.

On y apprend que la taille du foyer est le facteur le plus clivant. Explications :
Au fur et à mesure que le nombre de personnes au sein du foyer augmente, les niveaux des émissions de CO2 se trouvent en quelque sorte « mutualisés ». Ainsi, si les foyers d’une personne affichent aujourd’hui un bilan carbone très élevé de 10 685 Kg Co2 par individu (contre 7388 Kg Co2 pour l’ensemble). Il diminue très fortement pour les personnes vivant au sein de foyers de deux personnes (7093 Kg Co2 par individu) […]. Il continue de chuter pour les personnes issues de foyers de 3 et 4 personnes (respectivement 5436 et 4612 Kg Co2 par individu) pour atteindre 3221 Kg Co2 pour les individus vivant au sein de foyers de 5 personnes et plus. (1)
La mutualisation des biens au sein d’un foyer permet donc de diminuer de façon très importante le bilan carbone par personne. Bien entendu, une famille de trois personnes a au total un bilan plus élevé qu'un célibataire, mais, à moins de défendre une baisse de la natalité (dont les conséquences sociales seraient catastrophiques), on comprend facilement que l'objectif est d'avantage de diminuer son bilan carbone personnel que de diminuer le nombre d'êtres humains.

Le décryptage de Libération du 28 mars dernier sur cette question me paraît d’ailleurs tout à fait pertinent :
Au sein d’un foyer de cinq personnes et plus, le bilan carbone s’élève à 3,2 tonnes de CO2 par tête de pipe. Cette information bat en brèche les arguments de certains écologistes, Yves Cochet en tête, qui réclament l’inversion de l’attribution des allocations familiales dès le deuxième enfant au motif que le troisième enfant européen émettra autant de CO2 que 620 allers-retours Paris-New York. «Les émissions par personne chutent de 824 kilos lorsque la famille accueille un deuxième enfant, et elles chutent encore de 1 300 kilos par personne à l’arrivée du troisième enfant, note Isabelle Delannoy. Ce n’est donc pas le troisième enfant qui fait exploser les émissions carbone de la famille. Ça donne un sérieux coup dans l’aile à cette argumentation.» (2)
De nombreuses idées, fréquemment défendues, permettraient de réduire notre bilan carbone : covoiturage, développement des transports en commun, développement de la location au détriment d’achat de biens utilisés une seule fois, etc. Mais une piste n'a pas encore été réellement relevée : assurer la stabilité des familles. Et pourtant, comme le révèle Isabelle Delannoy, cofondatrice de Green Inside, dans Libération (2) «La nucléarisation des foyers pèse sur leur bilan carbone».
L’engagement plus rare des couples et les séparations plus fréquentes (il serait intéressant aussi de citer la solitude des personnes âgées, mais ce point nécessiterait une réflexion à part entière) conduisent à « cette nucléarisation des foyers ». Mais ce n'est pas une fatalité. Le couple n’est pas voué à l’instabilité. Mais veut-on seulement aborder cette question ?
Même la question semble une infamie. Lorsqu’en commission, Hervé Mariton avait rétabli l’avantage fiscal pour les couples l’année de leur mariage, un scandale avait éclaté. "Non à l'intrusion de la morale dans le débat fiscal!" avaient répondu les députés socialistes (3).
Et pourtant, la fiscalité est déjà aujourd’hui l’occasion de récompenser des comportements vertueux : sur l'écologie (avec les crédits d'impôts incitant à isoler son logement), sur le soutien à l'emploi (avec les réductions d'impôts sur les emplois à domicile), sur l'implication dans la société (avec les réductions d'impôts sur les dons aux associations), etc. Pour l'écologie, on va même plus loin avec le système des bonus/malus. Quel est l’objectif sinon de soutenir des comportements vertueux (et dissuader les autres) ? Et de quoi est-il question si ce n’est de morale ?
Les écologistes ont d’ailleurs un discours très moralisant (voire parfois culpabilisateur) en décrivant les conséquences dramatiques de comportements anti-écologiques. Mais l’instabilité des couples aussi à des conséquences dramatiques : pour l’écologie, comme on a pu le voir, pour les enfants qui souffrent du divorce des parents, mais aussi socialement avec les difficultés économiques subies par les familles monoparentales.

Alors pourquoi refuser cette question sur la stabilité de la famille ? Est-ce parce qu’on touche à l’intime ? Est-ce parce que c’est déjà le lieu de grandes souffrances et qu’on ne veut pas « remuer le couteau dans la plaie » ? Peut être aussi qu’il est plus simple de faire changer les comportements sur l’utilisation des transports que sur les choix de vie.
Malgré ces objections pertinentes, il me semble possible de proposer quelques pistes :

  • un numéro d'écoute pour les couples en difficultés avec une véritable campagne de communication pour le présenter ;
  • des campagnes pour inciter les couples en difficultés à ne pas rester seuls, à consulter un conseiller conjugal si besoin (pourquoi pas en en prenant en charge une partie, ce serait bien peu au vu des conséquences économiques pour les parents élevant seuls leurs enfants) ;
  • ne pas confondre concubinage, pacs et mariage. Le niveau d’engagement et les devoirs ne sont pas les mêmes, les droits qui en découlent n’ont aucune raison d’être équivalents ;
  • proposer des préparations au mariage laïques pour aider les couples à se construire sereinement.

Les écologistes savent désormais (s’ils en doutaient) que les familles sont des alliés naturels. Espérons que le contraire sera vrai.



(1) "Observatoire du bilan carbone des ménages", Green Inside, Ipsos et Logica Business Consulting.

(2) "Le palmarès des pollueurs", Liberation.fr, 28 mars 2011.

(3) "Mariage : l'avantage fiscal de retour ?", Lefigaro.fr, 9 novembre 2010.

1 commentaire:

  1. Bienvenue au nouveau blogueur !
    Et bravo pour cette approche originale...

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